«Exploiter encore mieux les bonnes cartes»
Nicolas Perrin est CEO de SBB Cargo depuis trois ans et demi. La crise économique a été l’un des grands defies de cette période, et ce n’est pas le seul. Aujourd’hui, l’entreprise est sur la bonne voie: la nouvelle filiale a bien démarré dans le secteur international, et le positionnement sera clarifié cette année pour le trafic intérieur.
Nicolas Perrin, en 2009, SBB Cargo a enregistré une perte de 62,5 millions de francs, contre tout juste 30 millions en 2008. Quelle est la situation en 2010?
Nous avons considéré, dans notre planifi cation, que 2010 et 2011 seront deux années très diffi ciles. En raison, d’une part, des coûts générés par la restructuration de SBB Cargo et, d’autre part, des pertes structurelles des années de crise. Et maintenant c’est le franc suisse fort qui nous donne du fi l à retordre. Avec 64 millions de francs, nous enregistrons en 2010 une perte du même ordre de grandeur que celle de 2009.
Le taux de change entre le franc et l’euro est donc votre plus gros problème actuel?
Dans les activités opérationnelles, il est en effet de loin notre plus grand problème. C’est précisément dans le trafi c de transit et d’importation/ exportation que nous fournissons, en tant qu’entreprise suisse, des prestations à des clients de la zone euro. Nous rencontrons donc les mêmes problèmes que l’industrie exportatrice suisse ou le tourisme. Sur le plan quantitatif, nous avons connu une croissance massive, et dans le SA International la conjuncture favorable a entraîné une augmentation des prestations de trafi c de 15,4%, ce qui nous place légèrement au-dessus de la moyenne de la branche. Cette progression a toutefois été compensée négativement par la dévalorisation de plus de 20% de l’euro face au franc en 2010. En outre, l’économie suisse, moins touchée par la crise, a connu une croissance moins forte ultérieurement, et certaines branches sont même en stagnation.
Quelles en seront les conséquences pour les clients?
Avec le cours actuel de l’euro, nous ne pourrons malheureusement pas éviter une augmentation des prix cette année pour les transports internationaux, p. ex. dans le trafi c d’importation/ exportation.
Vous avez réagi très tôt aux récents changements du marché et restructuré SBB Cargo de façon marquante. Concernant SBB Cargo International, comment se présente le premier bilan?
La création de cette société constitue une étape très positive pour moi. Nous avons démarré en janvier 2011 comme prévu, et la transition opérationnelle s’est déroulée sans problème. Certes, le taux de change est là aussi un facteur négatif, mais grâce à cette étape, nous sommes aujourd’hui plus actifs sur le marché.
Aucune correction ne sera donc nécessaire?
Cette étape a été mûrement réfl échie et conçue dans une optique à long terme. Ce qui est réjouissant, c’est que nous l’avons réalisée avec Hupac, un partenaire avec lequel nous sommes complémentaires.
Comment le marché réagit-il à la nouvelle entreprise?
Nous avons acquis de nouveaux clients dès le premier mois. Cela prouve que l’offre est adaptée au marché et que les clients perçoivent la société comme un tractionnaire neutre qui propose les meilleures prestations possibles.
L’alliance internationale Xrail est nouvelle, elle aussi. Son premier bilan est-il tout aussi positif?
Le trafi c à l’importation/exportation est important pour toute entreprise ferroviaire du TWC. Xrail a bien démarré et il est approprié d’améliorer la liaison entre les différents réseaux nationaux. Il y a néanmoins beaucoup à rattraper dans ce domaine, et il faudra du temps avant de pouvoir en récolter les fruits. Les premières impulsions positives sont déjà perceptibles sur le marché.
Que pouvez-vous nous dire sur la stratégie en matière de terminaux en Suisse?
SBB Cargo travaille actuellement sur deux projets concrets: l’un est le Gateway Limmattal destiné à répartir le trafi c conteneurisé longue distance sur les terminaux suisses plus petits et les voies de raccordement. Le second projet a été mis sur les rails conjointement avec les ports rhénans bâlois et a pour but d’améliorer nettement la liaison bateau-train. Il s’agit là de deux projets-clés pour nous, grâce auxquels nous voulons améliorer nettement et à long terme la structure des terminaux aujourd’hui insuffi sante.
Quels sont vos projets pour le TC intérieur?
C’est un marché relativement limité en Suisse compte tenu les courtes distances. Il s’agit de développer un système permettant d’assurer la compétitivité sur les courtes distances aussi et donc de rendre le produit plus commercialisable. Avec les bouchons croissants sur les routes et les prix du pétrole durablement élevés, il y aura très certainement de nouveaux potentiels.
Comment comptez-vous développer le TWC?
Le TWC est l’activité essentielle et l’épine dorsale de SBB Cargo. Il génère près de 50% de notre CA. Il est aussi l’épine dorsale de l’économie suisse, car les principaux chargeurs suisses traitent une grande partie de leur logistique via SBB Cargo et le trafi c de marchandises par wagons complets. Ceci est confi rmé par le fait que nous sommes de loin le plus grand transporteur de Suisse, avec 23% des prestations de transport du trafi c intérieur. Nous défi nirons cette année les mesures qui nous permettront d’atteindre les objectifs d’autofi nancement fi xés.
L’autofinancement dans le TWC est d’ailleurs prescrit par la Confédération…
C’est exact, cela répond aux attentes de la Confédération. Notre objectif est de fournir un bon système logistique à l’économie suisse. Notre première préoccupation est de savoir comment rendre le système global acceptable et adapté aux besoins du marché. Il faudra certainement aussi prendre des mesures pour atteindre les objectifs fi nanciers. Nous considérons donc la question dans son ensemble, c’està- dire les coûts, les systèmes de production ou les structures, mais aussi les systèmes de tarifi - cation et le positionnement sur le marché.
SBB Cargo vise depuis longtemps, comme les autres entreprises ferroviaires, une standardisation de ses produits. Qu’est-ce que cela signifie?
Les entreprises ferroviaires n’ont pas encore atteint de standardisation à ce jour, que ce soit dans la spécifi cation des produits, sur le plan technique ou dans les processus. Aujourd’hui nous raisonnons avec une logique commerciale et proposons des solutions individuelles, tant à la vente qu’à la production. Mais le pas vers la logique industrielle est inévitable pour nous. Nous devrons, d’une part, défi nir des elements de prestations fi xes et, d’autre part, réduire drastiquement la diversité de la fl otte ou des outils IT. L’introduction de prestations standardisées entraînera d’importants processus de changements, tant à l’interne que chez les clients et partenaires.
Qu’en retireront les clients et quand?
Un premier pas concret sera la standardisation en continu de la chaîne des processus, de l’offre à la facturation. Le produit se composera d’éléments de prestations clairement définis et la facturation sera basée là dessus. Avantage pour le client: il bénéfi ciera d’une plus grande transparence et pourra ainsi mieux gérer ses coûts en achetant précisément ce que nous lui livrons et surtout, ce dont il a besoin. Il faudra pour cela adapter certaines solutions individuelles.
Vous êtes CEO depuis trois ans maintenant. Quels sont pour vous les changements essentiels?
Le plus visible, c’est le processus dans le secteur International, où nous nous sommes entièrement réorganisés dans le partenariat avec Hupac. Nous avons tiré les leçons de la liberalisation du rail et fait un grand pas en avant dans ce domaine. Nous avons aussi développé la capacité de gérer notre entreprise plus habilement. Nous avons ainsi réussi à éviter des pertes massives durant la crise. Enfi n, une reorientation est en cours dans le trafi c intérieur: aucun résultat n’est encore visible, mais les travaux en cours s’annoncent très positifs. Quatrième point: j’aimerais souligner que nous sommes mieux intégrés dans la planifi cation à long terme de l’infrastructure avec Rail 2030. Les besoins de Cargo revêtent une grande importance chez les CFF.
Quelle sera l’évolution de SBB Cargo et du marché du transport en général?
Je suis convaincu que l’exploitation optimale de l’infrastructure rail-route deviendra de plus en plus essentielle. L’insuffi sance croissante des infrastructures de transport impose une repartition pragmatique et non dogmatique. Le rail utilise les infrastructures avec une grande effi cience, et c’est un avantage que nous pouvons exploiter. C’est pourquoi je crois en l’avenir du trafi c ferroviaire de marchandises. Je tiens, à ce propos, à souligner que le maintien et le développement de ce dernier ne sont pas uniquement une question d’écologie, mais qu’ils offrent aussi un grand avantage économique à nos clients. Le débat sur les emissions de CO2, p. ex., prouve bien que la durabilité revêt une importance accrue dans la réfl exion entrepreneuriale. Si on y ajoute une effi cience élevée et la qualité, c’est aussi payant fi nancièrement. Le rail a là de bonnes cartes en main, que nous pouvons encore mieux exploiter.
Où en est le positionnement de SBB Cargo au printemps 2011?
Le secteur International est dans la phase de réalisation. Dans le trafi c intérieur, nous achèverons la phase de positionnement cette année et passerons à la phase de réalisation l’année prochaine. Un réseau de transport comme celui que nous exploitons en Suisse ne peut toutefois pas être considéré de façon statique. La logistique est une discipline vivante, impliquant de suivre constamment l’évolution du marché.
Vous envisagez donc l’avenir avec optimisme?
Nous devons relever d’importants défi s. Mais nous avons élaboré des solutions pour cela et sommes en train de les réaliser. Nous abordons ces défi s étape par étape et pouvons déjà nous baser sur les premiers points.
